Blues Again! - Trimestriel vendu en kiosque

Medio

Franck Médioni - John Coltrane: 80 musiciens de jazz témoignent - Actes Sud - 2008

Franck Médioni, journaliste radio et papier, a réuni quatre vingt témoignages de musiciens français et étrangers, saxophonistes ou pas, connus et moins connus pour évoquer l'influence de John Coltrane sur eux,et sur leur musique. De Marcel Zanini à Ravi Coltrane, le fils de John, on prend conscience de l'immensité de l'héritage de Coltrane dans la musique. Pas de faux-semblants, chacun parle avec son coeur en tout sincérité. Ainsi Médéric Collignon, jeune et talentueux trompettiste de la scène française, parle de l'influence de Coltrane sur l'homme qu'il est. Bill Dixon, trompettiste d'avant-garde américain, a connu Coltrane. Il nous décrit ses rencontres avec lui et Ornette Coleman et quel type d'être humain était le maitre. Eric Barret nous explique sa vision de la musique de Coltrane. François Corneloup et Steve Coleman expriment séparément la démarche spirituelle de Coltrane à travers sa musique. On retient la très pertinente analyse de Corneloup sur l'évolution musicale du saxophoniste. Il ne s'agit pas d'un livre de souvenirs ou de larmes. Le contenu est plus profond. Nombreux tentent d'expliquer pourquoi et comment un tel phénomène musical a existé. Souvent les musiciens intérrogés, à l'instar de J.L. Chautemps, évoquent le danger, quand on est artiste, de trop s'inspirer de l'oeuvre de Coltrane et de ne pas savoir s'exprimer soi-même artistiquement.

©Jérôme Gransac

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European Jzzz factory

Koppel / Kornazov / Piromalli / Andersson / Humair - European Jazz Factory - Cowbell - 2008

A ceux qui fustigent une Europe certes moribonde, 'European Jazz Factory' répond par une musique qui ne l’est pas ! Voyez donc : Les danois B. Koppel (as) et T. Andersson (cb) proposent leurs compositions au bulgare Gueorgui Kornazov (tb), au talentueux pianiste français Cédric Piromalli et au batteur suisse, vétéran du groupe, Daniel Humair. Agé de 70 ans, ce dernier a réussi un virage musical parfaitement maitrisé en passant du statut de batteur d’un jazz français agonisant à celui de musicien passé maître en musique improvisée libre européenne et outre-Atlantique. Voilà le mot est lâché : musique improvisée ! Et c’est cela qu’on joue ici ; quoi qu’en fait on soit aussi proche du jazz moderne structuré et vivace que de la musique improvisée pure, chère aux jeunes musiciens actuels, techniques et inspirés. Les compositions allient brillamment les textures sonores contrastées des instruments avec une interprétation lyrique retenue; l’ensemble est aiguillé par des mélodies paisibles et vives et des mesures composées. La musique de cette fabrique à jazz européen a deux visages. Le premier s’appelle Kornazov avec son growl terrien et Piromalli au jeu monkien moderne qui sautille vivement. Le deuxième est plus aérien et insaisissable en la présence de Koppel et la section rythmique. Musique d’artistes pour un voyage d’esthètes.

©Jérôme Gransac

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Sherlock

Bruno Régnier Ciné Xtet - Sherlock Jr - 2008

Compositeur, arrangeur et chef d'orchestre, Bruno Régnier est connu pour ses formations Brass'tet et X'tet qui regroupent les meilleurs musiciens dans le vent de la scène jazz française (Airelle Besson, Olivier Thémines, Sylvain Rifflet ...). Les projets du X'Tet deviennent ceux du CinéXtet dès lors que Bruno Régnier commence à mettre en musique les films de Buster Keaton. Fort de son succès dans les salles obscures, le CinéXtet grave son oeuvre sur deux cds que nous chroniquons dans ces pages. 'Sherlock Jr' se compose de huit pièces, écrites par Régnier, qui désigne des thèmes ou séquences du film. Et là, grosse surprise! Les pièces sont des suites très finement arrangées pour orchestre à vents. Elles racontent toutes une histoire avec une modernité qui s'allie aux gimmicks jazz de Count Basie et aux accroches musicales de Lalo Schiffrin. Peu de musiciens parviennent à faire vibrer ce côté moderne avec un tel naturel au jazz d'une autre époque. Tristes, anxieuses ou goguenardes, les mélodies sont signées de main de maître. On se rappelle la magnifique mélodie de 'Sheik's March' poursuivie par des intermèdes railleurs pour terminer dans la gravité. Aussi bien inspirée du jazz américain ou européen que de la musique classique, cette musique nous fait naviguer entre swing, improvisations modernes et musiques pour sextet à vent.

©Jérôme Gransac

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Steamboat

Bruno Régnier Ciné Xtet - Steamboat Bill Jr - 2008

Pour 'SteamBoat Bill,Jr.', Régnier semble s'être rapproché de l'écran pour accorder plus de partie d'improvisations à sa musique. Onze compositions pour seize pièces courtes dont cinq improvisées. Sorti en 1928, ce film est considéré comme l'un des meilleurs de Buster Keaton. Plus dynamique dans son action que le poétique et onirique 'Sherlock Jr', où Keaton rêve d'être détective, 'SteamBoat Bill,Jr.' justifie le nombre important des plages et offre une musique plus libre, grâce aux cinq cartons d'improvisation.
Cette liberté donne une plus grande expression aux musiciens et leur permet précisément de coller à l'action. Et le cinéphile est tout ouie à cette musique qui exacerbe les sensations et frissons ressentis. Le guitariste Pierre Durand révèle, ici, son talent d'improvisateur et son jeu moderne apporte un souffle qui vivifie toute la musique. On note aussi que Régnier a abandonné un instrument à vent de 'Sherlock Jr.' au profit du vibraphone de Kit Le Marec; l'aspect percussif de l'instrument intensifie l'action du film. En fonction du scénario et de sa dynamique, Régnier a su brillamment créer des musiques différentes pour sonoriser musicalement ces deux films de Keaton. Mais surtout, la musique, en particulier celle de 'Sherlock Jr.' plus écrite, est de toute beauté et s'écoute avec ou sans le film.

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MICHAEL BRECKER - Pilgrimage - WA Records- 2007

Décédé en janvier 2007, Michael Brecker lègue ‘Pilgrimage', album posthume. Ce saxophoniste ténor était une légende du jazz; avec son frère trompettiste Randy, ils étaient les mythiques Brecker Bros aux concerts démoniaques.
Déjà à sa porte depuis un moment, Brecker est maintenant entré dans le panthéon des plus grands saxophonistes de jazz : on lui souhaite de se tailler la bavette avec Coltrane ou de s'essayer face à Albert Ayler. Le saxophoniste aux treize Grammy Awards est entouré  ici de Herbie Hancock et Brad Mehldau qui se partagent le piano, Pat Metheny, Jack De Johnette et John Patitucci. Simplement, le gotha du jazz mondial. Les figures essentielles des musiciens reconnus par tous, avec leur créativité. Pour autant, ce n'est pas un « cd de stars ». L'ego de chacun est resté à la porte des studios. Peut être par respect pour Brecker, alors malade.
Ce qui est magique avec ces musiciens est qu'on les reconnaît chacun à leur style, dès la première note. Pourtant la musique créée est celle de Brecker : du même acabit que son magnifique opus ‘Tales from the Hudson'. Que ce soit à la guitare électrique ou synthé, Metheny est bon ; que ce soit au sax ou à l'EWI, Brecker explose. Musiciens géniaux qui naviguent entre modernité et tradition. Une mine de diamants à frissons : écoutez ‘Tumbleweed' ! Monstrueux !

©Jérôme Gransac

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BACK ON THE CORNER - MASCOT Records- 2006

Cette formation récente regroupe des musiciens qui partagent tous la même ferveur pour le jazz fusion et leur attachement à la musique de Miles Davis des années 70  et 80. Certains ont même été lancés par Miles Davis: le saxophoniste Dave Liebman, le guitariste plus rock que fusion qu'est Mike Stern. Ces deux musiciens ont depuis longtemps acquis leur lettre de noblesse et ont dirigé leurs propres groupes. De même, on ne présente pas le bassiste Anthony Jackson et le guitariste Vic Juris qui sont passés maîtres dans ce genre de configuration.
La musique proposée ici mêle rythmes binaire et ternaire, ambiances délétères ('Mesa D'Espana') qui s'accordent avec des intonations world ('Acoustic Guitar Interlude') et moments fusion déchainés. Si les stigmates propres à cette musique sont reconnaissables sur cet opus, il n'empêche qu'il est en dehors des excès jazz-rock/fusion où, jadis, de nombreux musiciens ont eu le loisir de mettre en avant leur technique instrumentale sur des harmonies souvent fades. Au contraire, l'oeuvre est homogène et les compositions solides avec des mélodies rythmées et de bonne facture. Enfin, le coup de projecteur se fait surtout sur Dave Liebman qui bénéficie d'une bonne prise de son et dont le jeu est toujours dynamique au soprano. Electrisant!

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PONCHO SANCHEZ - Raise Your Hand – CONCORDE - 2007 - CONCORDE

Dans un premier temps, on se dit que Poncho Sanchez, de part son nom, nous aura compilé ses meilleurs titres latin-jazz. Et que le jazz latin … c'est toujours un peu la même chose. Pourtant, voilà un cd déroutant et totalement réussi. On trouve dans cet opus des gros blues à la Blues Brother, à renfort des trompettes et percussions, et une majorité de morceaux aux couleurs latines édulcorées terriblement entrainants et bien joués.
Emule du vibraphoniste Cal Tjader et du percussionniste Mongo Santamaria , Poncho Sanchez est un percussionniste, chanteur de salsa et conguero américain. C'est donc logiquement qu'il nous déballe des blues pour non puriste, chantés en anglais (‘Raise your Hand', ‘Knock on Wood') et agrémentés de "Olé" et de "Si Señor". Avouez que c'est déroutant !
Pourtant cet album est particulièrement exaltant. En fait, Sanchez s'entoure de figures symptomatiques du genre pour les morceaux typées. Ainsi on retrouve Eddie Floyd, Booker T. Jones pour les blues, Maceo Parker pour la Funk & Soul, Andy Montanez, José Perico Hernandez pour les morceaux latins. Bref, de très bons spécialistes dans leur domaine sont présents. De plus, la joie de jouer ensemble se ressent dans la motricité très bien rodée du groupe ! Sous des allures un peu commerciales, cet opus est de très bonne facture sous tous les angles.

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FUSION FOR MILES - A Guitar Tribute - A Bitchin' Brew – MASCOT RECORDS- 2007

Décidément, le label Mascot Records aime la Fusion/Jazz Rock et la guitare électrique. « Fusion For Miles, A Guitar Tribute » est un groupe à géométrie variable dédié … à la Fusion pour un hommage à Miles Davis, période électrique. Si la section rythmique forme un noyau dur avec, quand même, Larry Goldings au clavier et Jeff Richman  à la guitare, le groupe est complété sur le fil avec un guitariste « supplémentaire » par plage : des guitar-heroes tels que Pat Martino, Bireli Lagrene, l'incontournable Mike Stern, Bill Frisell… Les morceaux sont de Miles (‘Jean Pierre', ‘So What'…) ou de musiciens qui furent ses émules (Wayne Shorter, Marcus Miller). Pour les amateurs de Fusion et Jazz rock, cet opus trouvera très certainement sa place parmi leurs cds favoris. Pour les autres, cette production a un terrible arrière-gout de déjà-entendu. Il n'empêche que la production est de bonne qualité, les arrangements de bonne facture et les interprétations, même si elles sont sans surprise, ont leur intérêt « guitaristique ». Même sans le talent de Miles, ce cd peut aussi permettre à certains de se familiariser aux compositions de Miles dans un contexte plus moderne et électrique que la première version de ‘So What' en 1959. Avis aux amateurs !

©Jérôme Gransac

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DAVID EL MALEK ET BAPTISTE TROTIGNON- Fool Time – Naïve - 2007 - Naïve

Quatre années se sont écoulés depuis le premier cd, en studio, du saxophoniste très demandé David El Malek et du pianiste Baptiste Trotignon, tous deux pièces majeures du jazz hexagonal. Ce cd du  quartet, tout à fait convaincant, a été enregistré en concert au fameux club Le Duc des Lombards à Paris en septembre 2006.
Par ce biais, Naïve a bien compris une partie des attentes des auditeurs de jazz d'aujourd'hui. A la fois, on est sensé s'écarter du formatage devenu courant de l'interprétation en studio et le groupe a renouvelé aux trois quarts son répertoire avec une grande majorité de compositions originales. Si on a à faire à un tout nouvel album du quartet, il n'empêche que la fougue habituellement rencontrée en live est contenue.
Néanmoins, l'ensemble est un jazz à la fois puissant et délicat dans la veine coltranienne et hendersonienne adouci par les ballades de Baptiste Trotignon ('At Night', 'Bolero'). De plus, le discours de David El Malek est stupéfiant d'inspiration et sans verbiage inutile. Ses chorus et jeu coltraniens en puissance ('Le chemin du serpent', 'Massada') et shorterien ('Bolero') par endroits libèrent cette contenance du groupe. Enfin, il s'adapte parfaitement au jeu rythmique et terriblement mélodique de Baptiste Trotignon et la coloration que ce duo donne leur musique est osmotique. A découvrir!

©Jérôme Gransac

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HERBIE HANCOCK - River - The Joni Letters - UNIVERSAL - 2007 - UNIVERSAL

Le pianiste Herbie Hancock et le saxophoniste Wayne Shorter, musiciens de génie s'il faut le rappeler, se retrouvent de nouveau pour un projet ambitieux: honorer la grande dame qu'est Joni Mitchell en interprétant ses chansons. Mitchell est plus qu'une folk singer: la richesse de ses harmonies et de ses arrangements et sa patte de compositrice font d'elle une inspiration pour beaucoup de musiciens dans le jazz et ailleurs. Logiquement, elle s'est intéressée au jazz (Mingus) et que le jazz s'est intéressé à sa musique avec le dernier bassiste novateur connu qu'était Jaco Pastorius. Singulièrement, ce dernier faisait partie du groupe fusion mythique à succès Weather Report avec Hancock, Shorter et Joe Zawinul. Et quand on évoque Hancock, il nous vient : les années Miles Davis et Blue Note, les Head Hunters et le tube planétaire 'Rock-it' qui lui valurent les honneurs des milieux hip-hop et soul.
Les textes de Mitchell sont si précieux que sept titres sont chantés (L. Cohen, T. Turner, J. Mitchell, Norah Jones). Le résultat est à la hauteur de l'inspiratrice avec un relâchement en plus et une douceur harmonique radieuse tout au long de l'album. Au piano, Hancock a abandonné groove et montée en tension pour laisser place à un discours émouvant et serein ; Shorter garde son côté éthéré et rêveur, idéal dans ce contexte. Reposant!

©Jérôme Gransac

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EDOUARD FERLET - L'écharpe d'Iris - MELISSE - 2007 - ABEILLE

Il y a dans ce cd un parfum de bonheur et de joie. Quelque chose de serein: la nature qui se réveille, une plénitude romantique. Quelque chose de naïf et de fou comme un petit goût d'années 20. Edouard Ferlet fait partie de ces musiciens qui mettent leur talent au service de leur musique. Passionné par les compositeurs classiques du siècle dernier comme Fauré ou Chabrier, c'est logiquement qu'on retrouve une intensité précieuse, des mélodies somptueuses (elles sont toutes composées par les membres du groupe et essentiellement par Ferlet) et une poésie musicale peut être à égaler.
Poésie de la musique avec le bruit du cliquetis du vélo de l'amoureuse qui rejoint son amoureux. Poésie du son avec les mélodieuses percussions de Xavier Desandre-Navarre, qui rappellent celles des noirs du sud-ouest du Pérou, sur « Le furet ». Poésie romantique évoquée par le sax de Simon Spang-Hanssen et par le violoncelle d'Alain Grange. La musique au service de la poésie, tout simplement?
Côté technique, le jeu des musiciens respire et reste souple et sans surcharge tout le long de ce qui évoque une suite. Fertlet est, de plus, parvenu à réussir une intégration transparente de styles de musiques très diffèrents. Sans couture.

©Jérôme Gransac

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DIANA KRALL - The Very Best Of Diana Krall - UNIVERSAL - 2007 - UNIVERSAL

Après  quatorze ans sur les scènes de jazz, Diana Krall fête sa carrière avec un fameux best of. Etonnant quand même que celle que l'on soupçonne être la voix du jazz de ces dernières années sorte une compilation. Tout cela paraît précoce si ce n'est qu'il faut peut être relancer la carrière de la star? Trève de supputation malhonnête. On ne peut raisonnablement pas reconnaître à Diana Krall le talent d'une Ella. De plus, dire que Krall est une chanteuse de jazz paraît usurpé à l'écoute de certaines pièces ('So Wonderful') plus proches du répertoire de music-hall américain mais teintées jazz. Néanmoins, on n'enlevera pas ici le véritable talent de la chanteuse ET excellente pianiste qu'est Diana Krall lorsqu'elle se fend d'un de ses concerts dont on ne peut garder que bonne souvenance. Et bien, cette compilation nous sustente en proposant 'Fly Me To The Moon' en concert à Paris en 2002 ainsi que des vidéos de concerts sur le DVD de l'édition limitée. Pour les novices qui souhaitent en connaître plus dans le domaine du jazz et qui ne veulent pas être décus, ce disque fait partie de ceux que vous pouvez gouter puis engloutir pour vous mettre le pied à l'étrier. En plus il n'y a que le meilleur!

©Jérôme Gransac

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SCOTT COLLEY - Architect of the Silent Moment- CamJazz - 2006

Une bande de New-Yorkais qui jouent régulièrement ensemble sur la place se retrouvent pour jouer la musique du très demandé Scott Colley. Ce contrebassiste a travaillé avec des stars du jazz telles le guitariste Pat Metheny et le paniste Herbie Hancock . Cet album a une coloration propre, un fil conducteur très naturel, "sans coutures" - "organic", comme disent les musiciens là-bas. Avec son fidèle batteur Antonio Sanchez, Scott Colley s'est entouré d'un noyau dur composé du trompettiste Ralph Alessi et du pianiste Craig Taborn. A ce quartet viennent se greffer des invités stars, elles aussi, comme le très créatif Dave Binney au sax alto, le pianiste Jason Moran et le formidable guitariste Adam Rogers. On notera la présence de l'harmoniciste Gregoire Maret dont l'instrument est rarement utilisé dans un contexte jazz et qui, ici, donne un éclat particulier à la musique puisqu'il fait le lien mélodique entre les différents morceaux. Entre mélodies attrayantes, chorus doux ou bien puissants et solides portés par des métriques dangereuses pour l'oreille, on ne s'ennuie pas, on ne se rend compte de rien - la technique habilement mise au service du talent, c'est peut-être ça la classe !

©Jérôme Gransac

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BEN ALLISON - Cowboy Justice- Palmetto Rec. - 2006

Excellent septième album (on se souvient de ‘Buzz' ) du guitariste et bassiste Ben Allison . Cet opus prend la forme d'une histoire avec ses temps forts, ses moments de solitude et de recueillement. On pourrait plutôt dire que c'est un road-movie que Ben Allison nous raconte : on est transporté par une musique très évocatrice, peut être inspirée de celle de Ry Cooder, qui sied parfaitement à la bande sonore d'un film mais dont les couleurs et l'audace sonores des instruments suffit à nous emmener voyager très loin. On adore la douceur et la musicalité rêveuse de la trompette de Ron Horton, le timbre savoureux de la batterie de Jeff Balard, qui s'octroie ainsi une place confortable au sein de l'orchestre, et l'énergie audacieuse de la guitare de Steve Cardenas. Cette musique très homogène n'est pas l'expression d'instrumentistes. Ceux-ci sont au service de la musique et de ses effets: pas une note de trop, en dehors du carcan jazz classique mais une orchestration avec émotions et relances, un peu comme dans le bon rock. A l'instar de Dave Douglas et The Bad Plus, Allison signe un acte politique selon ses dires sur son propre site. ‘Cowboy Justice' est aussi une diatribe contre les ravages de la politique de Bush, ce qui ne saute pas à l'oreille à l'écoute. Putatif et iconoclaste !

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JEROME SABBAGH - Pogo - SunnySide Rec. / Abeille Musique - 2007

Parti tenter l'aventure américaine il y a dix ans, Jérôme Sabbagh aura suivi un joli parcours. Il fait désormais partie intégrante de la scène new-yorkaise, où on lui reconnaît la "French touch". Il nous revient avec ce ' Pogo' dans la lignée de 'North' , toujours entouré des mêmes compères musiciens avec la volonté de continuer à creuser le potentiel de ce groupe idéal pour le saxophoniste.Ce qui caractérise ce quartet est la recherche commune d'un son plus que la (pyro)technique. Il y parvient sans peine et obtient ainsi une coloration unique. Les mélodies sont volontairement faciles et on reste admiratif devant les montées en puissance du groupe, denses et remarquables de cohésion.
Il faut dire que ces quatre-là se connaissent bien, et que le travail d'écriture (qui les sert équitablement) confère au groupe une consonnance jouissive.Jérôme Sabbagh craint toujours d'être inutilement verbeux ; il n'en est rien ici. Son jeu est calme et posé - comme celui de ses musiciens.
On sent comme une inertie retenue qui n'empêche pas ceux-ci de s'exprimer. Ainsi le guitariste Ben Monder propose des chorus et ambiances aux sonorités rock à la Cream , et le jeune batteur Ted Poor étonne par son sens de l'à-propos, ses sonorités et son jeu hors clichés. Quant à Sabbagh lui-même, il n'a jamais aussi bien maîtrisé son discours. Envoûtant!

©Jérôme Gransac

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MARSALIS MUSIC HONORS SERIES - Marsalis Music Honors Jimmy Cobb - Marsalis Music      - 2006

Musiciens de père en fils, la famille Marsalis a fait couler beaucoup d'encre via l'un de ses membres trompettistes Wynton Marsalis, très critiqué par une partie de la profession et certains amateurs pour ses propos rejetant le jazz après bebop et sa trop grande influence sur le milieu. Mais on lui reconnaît son immense investissement personnel et professionnel dans le jazz.
Sur cet album de la série Marsalis Music, c'est son frère saxophoniste Branford, à la carrière déjà riche, qui produit cet album du batteur un peu oublié qu'est Jimmy Cobb (Pour son actualité, on peut se pencher sur son groupe Jimmy Cobb's Mob).
Né en 1929, Cobb a fait partie d'un des deux quintets principaux de Mile Davis (quintets dit du siècle … dernier). On le retrouve sur l'album « Kind Of Blue » de Miles (œuvre qualifiée « du siècle » elle aussi…). Ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres concernant Cobb…
La musique de cet album nous fait de retrouver quelques standards et des compositions mal connues de Cobb qui est, ici, accompagné par des jeunes musiciens new-yorkais. A eux quatre, ils forment un quartet au bebop léger, simple, terriblement efficace. Pour l'avoir vu à New York et malgré son age, nous pouvons dire que Cobb à une frappe, qui s'apparente plus à un léchage de peau, dont le swing est purement désarmant.

©Jérôme Gransac

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DONNY MCCASLIN - Soar - SunnySide    - 2006

Saxophoniste de Maria Schneider et de Dave Douglas, entre autres, Donny McCaslin crée avec « Soar »une œuvre majeure.
Peut-on dire que « Soar » est d'un genre nouveau ? En tout cas suffisamment novateur pour que Downbeat Magazine le consacre parmi les meilleurs cds de l'année 2006.
Avec « O Campeão » en hommage à la légende de la musique brésilienne Hermeto Pascoal, « Push Up the Sky », « Be Love » et le somptueux « Soar », les rythmiques latines, d'origines afro-péruviennes, cubaines, brésiliennes et panaméennes se (con)fondent complètement dans le canevas des harmonies jazz bien américaines en évoquant aussi des atmosphères rock avec la guitare du créatif Ben Monder.
Les percussions de Pernell Saturnino apportent un appui coloré à la batterie d'Antonio Sanchez et mettent en valeur le groove sous-jacent : groove aussi bien latin que jazz.
Luciana Souza vocalise en arrière plan des instruments, comme une voix ombrée et voilée. Discrète, elle souligne la mélodie par son chant, ce qui donne un côté World Music raffiné.
Donny McCaslin est un chorusseur inspiré qui s'exprime sur des lignes mélodiques posées avec un jeu tout en changements rythmiques. Pas de déferlement de notes mais une loquacité mélodique faite d'une rigueur logique et des idées travaillées qui ne font pas suffoquer l'auditeur.
Totalement exaltant !

©Jérôme Gransac

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SWINGIN' PARTOUT - Swingin' Partout - Interlude  - 2006

Swingin' Partout fait mentir ceux qui disent que le jazz est une musique intello. Ce groupe de musiciens nordistes nous propose de la véritable musique populaire dans le bon sens du terme. Le côté enjoué et entraînant de leurs inspirations manouches nous fait rire et bouger. Dès la première écoute, ce quintet évoque le Quintette du Hot Club de France de Stéphane Grappelli et Django Reinhardt et son ambiance. Ils n'oublient pas de rendre hommage au guitariste en jouant « Minor Swing » et « Swingin' with Django ».
Avec un toucher moderne et des sonorités percussives actuelles, Swingin' Partout n'évoque pas l'ancien temps mais la « bonne » mondialisation et la modernité, respectueuse de la tradition. Deux guitares, pour les nécessités manouches, un violon et une section rythmique nous font voyager au-delà des frontières en côtoyant l'Europe de l'est et l'Orient (« Trady ») tout en puisant dans le patrimoine culturel français. Pour garder une ambiance bon enfant, les compositions sont agrémentés de clins d'œil originaux tels que les génériques de James Bond et de Pulp Fiction, les Simpson, Pierre et le Loup, la marseillaise et Charlie Chaplin.
La musique de Swingin' Partout ne fait pas dans le easy-listening pour autant. Terriblement bien jouée, elle évoque voyages, époques passées et modernité.

©Jérôme Gransac

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DAVID S. WARE QUARTET - BalladWare - Thirsty Ear   - 2006 - Orkhêstra

Le quartet de David S. Ware est devenu un groupe essentiel dans le contexte Jazz Avant-garde américain avec près de vingt ans d'existence. Il faut dire que ses membres sont de choix : l'incontournable contrebassiste William Parker, plaque tournante de la scène Avant garde new-yorkaise, et le formidable créateur et pianiste très inspiré qu'est Matthew Shipp. Quant à David S. Ware, Sonny Rollins dit de lui qu'il est son unique et digne successeur. Et Rollins est de manière générale peu bavard…
Mystique et sincère, David S. Ware est reconnaissable par un son et un discours uniques. Ces compositions se caractérisent par une signature imprégnée de blues, spiritual et gospel. Une autre caractéristique de Ware est sa capacité étonnante à s'approprier les standards et les intégrer dans son univers à tel point qu'on finit par croire qu'il en est l'auteur (« Yesterdays », « Tenderly »).
Après une quinzaine de cds de jazz (Ware n'aime pas qu'on ajoute les qualificatifs Free ou Avant-garde à sa musique!) parfois dur et sans concession, le quartet nous prend à contre-pied avec une œuvre magnifique qui évoque l'apaisement. Constituée uniquement de ballades, la musique de cet opus est une véritable incantation à la beauté («  Sentient Compassion »), à l'émotion (« Dao ») et à la puissance du jazz modal. Complètement vibrant !

©Jérôme Gransac

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CHRISTIAN McBRIDE BAND - Live at Tonic - Ropeadope  - 2006

Voilà un triple-cd de Christian McBride en concert au Tonic à NY qui comblera les lecteurs de Blues Again !
A l'écoute de cette musique, il faut s'attendre à des symptômes corporels significatifs d'origine groovy dont les effets sont visibles sur les auditeurs : rictus de plaisir, mouvements chaotiques de la jambe droite pour les droitiers et gauche pour les gauchers... Bref ça groove grave !
McBride est un bassiste/contrebassiste de jazz recherché pour son sens « organic » (comprenez « naturel ») du rythme comme disent les américains. Son Band est reconnu pour être à géométrie variable et McBride n'hésite pas à réunir la crème new-yorkaise pour jouer avec lui. Par ailleurs, McBride fait appel à des éléments de la scène electro - rap tels un rappeur et un DJ et la fusion des genres est réussie.
Les spécialistes du genre disent que c'est le disque de groove/jazz/funk qui bouge le plus parmi ceux sortis en 2006. A vrai dire, le premier CD est purement hors du commun ; le deuxième, plus "wild", permet de se faire une idée concrète de ce qu'est un concert de Mc Bride au Tonic ; le troisième est intéressant sans être indispensable : ce sont des morceaux tirés de jam-sessions. De James Brown à Miles Davis, fans du genre, vous ne le regretterez pas.

©Jérôme Gransac

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THE HOUSE THAT TRANE BUILT: The Story Of Impulse Records - IMPULSE - 2006 - UNIVERSAL

Avec quarante-cinq ans de services, le label Impulse aura constitué un nombre important de compilations sur les musiciens qu'elle a représenté. Le plus connu d'entre eux est John Coltrane. Celui qu'on a surnommé Trane été le jazzman certainement le plus productif artistiquement, qui a vendu le plus d'album chez Impulse et qui a imposer ce saxophoniste tant décrié qu'était Albert Ayler. Tout cela a contribué à l'immense succès d'Impulse.

Ce coffret regroupe les plus belles œuvres des musiciens de jazz qui ont sévi entre 1961 et 1976. Du trio avec Ahmad Jamal au grand orchestre, ceux d'Oliver Nelson et de Gil Evans, entre jazz mainstream (Benny Carter) et Free Jazz (Pharoah Sanders), entre mysticisme (Alice Coltrane) et tradition (Art Blakey), entre succès mondial (« Impressions » de John Coltrane) et pépites à découvrir (« Our Prayer » par Albert Ayler), on découvre toute une histoire du jazz.

A ceux qui souhaitent découvrir le jazz, qui ne « savent par quel bout l'aborder » et qui « n'y connaissent rien », ce coffret est leur chance. Parce que ce sera le moyen de rentrer dans un monde qui leur est nouveau et qui se révélera splendide.
Enfin, pour les autres, ce coffret vous dévoilera certainement des merveilles inconnues.

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ARCHIE SHEPP - Kwanza– IMPULSE - 2006 - UNIVERSAL

Tout comme le mythique Albert Ayler, Archie Shepp a fait partie des musiciens que John Coltrane, avec qui il a enregistré, a promu au sein d'Impulse dans les années 60.
Placardé avant-gardiste, très impliqué dans la révolution de la « New Thing » (appellation non contrôlée du Free Jazz), Archie Shepp, 70 ans l'année prochaine, est avant tout un musicien de grand talent. Depuis une dizaine d'années, on le redécouvre sur le segment du blues pour un jazz plus standard.

De part son implication pour la cause noire, Archie Shepp a souvent rendu hommage au continent africain. C'est le cas avec cet opus, qui fait référence à la fête angolaise du Kwanza, selon des approches différentes. Les cinq pièces sont hétérogènes puisqu'elles ont été enregistrées en quatre sessions sur une année (1968-1969).
A cette époque de re-calibration du jazz, entre Free Jazz et jazz électrique, Shepp nous propose une musique un jazz Rhythm & Blues plutôt primal sans radicalité avant-gardiste ni conventionalité ; mise à part le dense et agréable « New Africa », écrit par le trop méconnu tromboniste Grachan Moncur III.
Quant à « Slow Drag » et « Bakaï », leur groove funky binaire, scandé par la basse et le piano « backbeat », et leurs ostinatos, nous emportent immanquablement, tambour battant et cuivres transpirants, dans des rythmes dansants…

©Jérôme Gransac

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JAMES SPAULDING & PIERRE CHRISTOPHE TRIO - Down With It / Live at Sunside – FUTURA - 2006 - SOCADISC

A bientôt soixante-dix ans et toujours  en grande forme, James  Spaulding arrive sur la scène du club parisien le Sunside à l'occasion de la treizième édition de son « American Jazz Festival ».
James Spaulding est l'altiste injustement oublié des Sixties. Ce « musicien des musiciens » débute dans les années cinquante avec Walter Perkins et Booker Little à Chicago, et enregistre près de dix œuvres de Sun Ra. Par la suite, il rejoindra le quintet de Max Roach, puis celui de Freddie Hubbard. Parallèlement, il fait partie de l'écurie Blue Note en tant que sideman des plus grands (Wayne Shorter, Lee Morgan …). En 1987, David Murray fait appel à lui pour ses projets les plus fous (Octet, Big Band).

Lors de ses deux concerts parisiens en 2006, le saxophoniste a montré combien sa musique se dépeint dans l'éclectisme singulier de sa carrière musicale.
On savoure le son naturel et velouté de sa flûte traversière, et ses chorus de sax, véloces et sans fioritures, s'associent parfaitement à un trio de musiciens qui jouent ensemble depuis cinq ans.
Spaulding conjugue son talent avec ceux d'un Mourad Benhammou débordant d'inspiration et d'un Raphaël Dever à l'attaque franche. Pierre Christophe le fougueux et James Spaulding le fonceur donnent à cette formation une coloration hardie.
Dans une ambiance de feu, Down With It est un concert remarquable mêlant classe, audace et harmonie.

©Jérôme Gransac

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DAVE DOUGLAS QUINTET - Meaning and Mystery – GreenLeaf Music - 2006

Compositeur, fondateur du mythique Tiny Bell trio, trompettiste du Masada de John Zorn , saxophoniste très en colère , Dave Douglas nous présente son dernier opus « Meaning and Mystery » : une œuvre remarquable voire exceptionnelle, parfaitement inoxydable.
A la fin de son contrat avec le label RCA Bluebird en 2004, Douglas décide de créer son label GreenLeaf Music pour échapper au formatage ambiant. C'est une étape important car sa musique prend de l'épaisseur, peut être plus réaliste qu'auparavant.
Après s'être essayé, avec des résultats inégaux, à quelques explorations electro dont l'excellent « Keystone », Dave Douglas revient avec son quintet éponyme acoustique.
Quintet quelque peu remanié, puisque après le départ du saxophoniste Chris Potter, devenu star, le passage du guitariste-héros Bill Frisell, voilà le saxophoniste ténor Donny McCaslin entouré de musiciens exceptionnels dont l'immense Uri Caine aux claviers.

Entre clins d'œil sur des stigmates traditionnels négligés et éclats clinquants, Douglas nous livre ici une musique qui met en avant une écriture splendide avec un canevas inhabituel qui laisse la place aux chorus les plus inspirés. Si Potter avait un apport significatif, McCaslin s'avère être l'élément adéquat à cette musique : on notera l'excellentissime chorus de ce dernier sur “Culture Wars”. Etourdissant de musicalité !
Achetez le, écoutez le, dévorez le !

©Jérôme Gransac

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TANGORA Colorada (Fair Play)

A travers ses textes, la chanteuse métisse Tangora prêche la tolérance de la différence avec humanité et poésie. De son « Jazz métis », elle nous propose 13 chansons en français aux styles musicaux très variés : un savant mélange de jazz et de styles caribéens-latinos (biguine, brésil, afro-cubain).
Chanter des chansons jazz en français n'est pas chose facile. La langue de Molière ne swingue pas et son aspect percussif est limité.
Pourtant, Tangora sait donner un relief inhabituel aux standards jazz (« Dolphin Dance » de Herbie Hancock, « Moody's mood ») tellement sa manière de chanter est personnelle. Sa voix puissante, mais sans excès, et son scat précis alliés à une diction irréprochable font ressortir une atmosphère délicieusement chaloupée et des textes ressort une poésie chantante.
Les très agréables mélodies, écrites avec Claude Sommier, sont mises en scène par des musiciens aguerris à ce genre d'exercice (Alain Jean Marie, François Laizeau, Bibi Louison) sur des arrangements réussis.
Sur autant d'océans musicaux, le périple est garanti : on danse sur les couleurs cuivrées du steel-pan de Andy Narell et on se retrouve dans un club de jazz, plus jamais enfumé, sur « Ode à Ella », reprise plus qu'inspirée de « It don't mean a swing » de Ellington et chantée par Ella Fitzgerald en 1962. Un vrai délice.

©Jérôme Gransac

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TOOTS THIELEMANS One more for the road (Verve)

A bientôt 85 ans, jazzman de toutes les époques, l'harmoniciste belge « Toots » Thielemans nous revient avec un album, un de plus… comme son titre semble le signifier.
Mais ce n'est pas n'importe quel album, il fait figure d'événement. En effet, Toots revisite la musique du compositeur américain Harold Arlen sur les douze titres de cet opus.
Qui est Arlen ? C'est le compositeur aux centaines de chansons, devenues classiques, qui a écrit pour Sinatra, Nat King Cole…
De plus pour cet opus, Toots a sélectionné sur le volet les chanteurs et chanteuses de renommée actuelle, à savoir : Jamie Cullum, Lizz Wright, Madeleine Peyroux, Oleta Adams, Laura Fygi…
Enfin, il s'est entouré d'un grand orchestre à cordes et à vents ainsi que de l'arrangeur néerlandais Jurre Haanstra qui sait le mettre en valeur.

Tout est réuni pour nous offrir une œuvre « All-stars » avec son côté attirant et intriguant à la fois.
Pourtant, cette œuvre, avec une orientation musicale plutôt Broadway, est pourvue d'une grande sincérité de la part de tous les intervenants. Le fait de revisiter les chansons de Arlen rend le tout très homogène, mais un peu convenu et accrocheur par moment.
Evidemment, les chansons sont admirablement interprétées et l'âme du cd surgit des chorus de Toots : touchants, raffinés et élégants. Un Hommage à Harold Arlen réussi.

©Jérôme Gransac

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SEBASTIEN JARROUSSE ET OLIVIER ROBIN QUINTET Tribulation (APHRODITE RECORDS)

Le quintet de Jarrousse et Robin nous jette dans un hard bop fiévreux et tumultueux guidé par un climat énergique. Les influences se font immédiatement sentir : Kenny Garrett pour l'altiste Olivier Boge et une atmosphère coltranienne dans le sax ténor de Jarrousse.
Disons le sans ambages, la jouerie à l'américaine est terriblement efficace et assène un swing tranchant.
La constance esthétique et la sincérité de l'œuvre sont telles que l'on croit que les pièces sont toutes des premières prises.
Sans excès, la section rythmique est très cohésive et responsable de cette jouerie qui tourne comme une horloge suisse, essentiellement sur les morceaux enlevés.
Soutenus par la rythmique, les saxophonistes ne sont pas en reste. La masse sonore qu'ils dégagent et les arrangements de Jarrousse rendent leur jeu incisif et éclatant.
Si la rythmique s'emploie à ne jamais relâcher la tension, Emil Spanyi retient toute notre attention. Son accompagnement est riche et novateur et pour ces chorus, Spanyi s'appuie sur la force rythmique du batteur. Il dispose ainsi de tous les repères nécessaires pour libérer une énergie lumineuse et épanouie.
On devine une ferme maîtrise du métier de la composition chez Jarrousse qui combine habilement mélodies et fulgurance.
Avec une modernité surprenante, ce quintet peut le crier haut et fort : le bop est en pleine forme !

©Jérôme Gransac

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GLADY KNIGHT Before me (VERVE)

Primée six fois aux Grammy Awards et connue dans le monde de la variété et de la pop, Gladys Knight, chanteuse afro-américaine, voue une véritable passion pour des artsites comme Ella Fitzgerald ou Billie Holiday. Sur treize énormes standards, Knight leur rend un brûlant hommage dans le bien intitulé « Before me ».
Aidée par une grosse orchestration américaine dirigée par Tommy Lipuma et par la participation de stars du jazz américain tels que David Newman , Joe Sample ou Roy Hardgrove, la chanteuse revisite les gros classiques américains jazz.
Avec une touche Broadway, les orchestrations sont suffisantes sans être rococo.
Sur « The Man I Love » des Gershwins ou « God Bless the child » de Billie Holiday, son chant est voluptueux et sa voix dotée d'une grâce émouvante.
Les soli des stars sont appropriés et mettent en valeur la chanteuse qui nous envoûte sur sa version personnelle de « But Not For Me ».
On s'interroge sur ce qui a poussé Lipuma à réaliser avec autant de moyens une telle œuvre. En fait, l'intention de Knight est totalement sincère et dévouée à ses idoles.
Enfin, à une époque où les chanteuses s'expriment en petite formation sur des orchestrations lointaines du jazz, Knight fait revivre avec talent cette période faste des vraies chanteuses de jazz qui scatent, improvisent et nous font vibrer au plus profond de nous.

©Jérôme Gransac

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Raul de Souza et Claire Michael Group - Elixir

Raul de Souza, tromboniste brillant, s'associe à Claire Michael, saxophoniste révélée par Didier Lockwood, pour ce projet jazz électro. Cet opus se caractérise par une musique écrite, travaillée et très arrangée sur de jolies compositions collectives, parfois inégales, sur des rythmes aussi bien brésiliens que jazz ou plus funky. Une autre caractéristique réside dans l'utilisation habile de technologies numériques actuelles. Les samples utilisés sont loin d'évoquer une quelconque abstraction artistique et sont l'œuvre du meneur de l'ombre qu'est le claviériste Jean Michel Vallet. Ils collent à la musique avec nuances: à tel point qu'on peut avoir l'impression qu'ils structurent les morceaux et leur développement ("Raison", "Blue Touch"). Claire Michael se caractérise par un style "shorterien" posé et aérien. Son jeu s'accorde parfaitement avec celui de Raul de Souza, qui est éclatant de douceur et de joie: les deux soufflants nous offrent un son sensuel et velouté. Misho M'Ba nous offre un jeu de basse souple qui sied parfaitement à celui du batteur dynamique et moderne Thierry Le Gall. Il offre ainsi une nécessaire asymétrie à la batterie ainsi que des accompagnements inspirés ("Feel") . Face à des musiciens d'un tel niveau, on ne peut qu'être impatient d'écouter leurs concerts futurs où l'on pourra à coup sur se délecter d'une musique Live plus "wild".

©Jérôme Gransac

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Laurent Marode Sextet - I mean

Premier opus du jeune pianiste Laurent Marode qui nous propose une œuvre aboutie dans la plus pure tradition Hard Bop.
Marode a fait le choix d'une section cuivre dont les membres sont des figures expérimentés du jazz international et d'origines culturelles très différentes (David Sauzay - ts, Jerry Edwards - tb, Rasul Siddik - tp).
Et ca paye! L'apport des soufflants est un des points clés de la réussite de cette œuvre.
Au fur et à mesure des morceaux, on s'aperçoit de l'aspect percutant de cette "équipe" dans la formation: homogénéit é du son, répartition des chorus entre les soufflants et jeu de réponses réussis.
La section rythmique est plus discrète, mais offre une assise solide qui swingue méchamment (A. Gherbi - d, F. Marcoz - b).
Chacune des interventions du pianiste est inspirée.
Il ne fait pas dans la virtuosité ou la performance instrumentale: son jeu est économe et intelligent.
Marode est au service de sa formation : il n'hésite pas à rester derrière les cuivres et leur fait des propositions pour leurs chorus. C'est un peu sa façon de diriger.
Quelques écoutes et vous serez surpris de la fluidité des morceaux. Inconsciemment, vous sifflerez les thèmes des compositions très arrangé es et travaillées de Laurent Marode. C'est peut être cela le talent des bons compositeurs.
A découvrir impérativement.
©Jérôme Gransac

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Jason Moran -Same Mother 

Le pianiste Jason Moran nous propose un album orienté blues (« I'll Play The Blues for You », « Jump up ») tout en conservant ses inspirations éclectiques, qui font parties de son cachet un peu avant-garde (« Fire Waltz »), classique (« Field of the Dead »), et funky ("Gangsterism On the Rise"). On sort totalement du contexte habituel du pianiste.
Pourtant, on retrouve bien les influences monkiennes, ses envolées à la Don Pullen et le musicien inspiré et émouvant.
Le guitariste Marvin Sewell joue le blues, avec bottleneck, talent et force: ça transpire le blues moderne.
De part la présence du guitariste, Tarus Mateen, à la basse acoustique, est moins verbeux que d'habitude mais rythmiquement présent. Quant au batteur Nasheet Waits, il est remarquable comme toujours : dynamique et innovant  avec un drive fabuleux.
Le pianiste est abrupt, mais si la main gauche rudoie les riffs blues, la main droite est comme un petit blavet nerveux et délicat, doux et puissant.
Face à une telle diversité de facettes, on peut dire que chaque morceau est unique dans son style. Mais cela ne présente aucune gêne car la teinte bleue fait le lien.
Le résultat global est d'excellente facture. On s'interroge sur la raison de cet opus bluesien : un retour aux sources ? D'autant plus probable que ce cd est dédié à la maman du petit Jason. Un bel hommage !

©Jérôme Gransac

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