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Revues de cd - Dernières Nouvelles du Jazz 
Les DNJs

Jannuska Karl JANNUSKA - Thinking in Colors - Effendi - 2008 - Cristal
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Del Campo Sylvain Del CAMPO - Eclipsis - Aphrodite Records - 2008
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PLM PLM - Stolen Moments - MuSt Records - 2008 - DG Diffusion
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Gabriele Mirabassi Gabriele MIRABASSI - Canto di Ebano - Egea - 2008
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intranquillite Laurent ROCHELLE & Marc SARRAZY - Intranquillité - Linoleum records - 2008
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Morilla Stéphane MORILLA Quintet - Façon Puzzle  - Aphrodite Records - 2008
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Bar Kokhba BAR KOKHBA – Lucifer – Book of Angels Vol.10 - Tzadik - 2008
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Beney Jean Christophe BENEY  - Pop Up - Effendi - 2008
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Merville François MERVILLE  - O Mago Hermeto - In Circum Girum - 2008 - Socadisc
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Trio Rosenberg ROSENBERG Trio & Tim KLIPHUIS - Tribute to Stéphane Grapelli - Foreign Media Jazz – 2007
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Tineke Tineke POSTMA  - A journey that matters - Foreign Media Jazz – 2007
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MANUEL HERMIA - Rajazz - IGLOO - 2007 - CRISTAL

Pour son album « Rajazz », alliance du ragga et du jazz, le saxophoniste belge Manuel Hermia  célèbre ses inspirations sous couvert d'un jazz classique, vigoureux et subtile à la fois. Autour d'un coltranisme non clairement revendiqué mais réel, Manuel Hermia construit. Il construit sa musique  autour de structures musicales empruntés aux musiques traditionnelles d'Asie, allant de la Chine à l'Inde, sur les fondements du jazz modal fortement développé sous l'ère Coltrane.
Pour  autant il ne s'agit pas de tentatives de fusion plus ou moins adroites de sonorités traditionnelles avec du jazz. Non, l'assimilation des structures ragga et l'utilisation des gammes pentatoniques est entière dans la musique d'Hermia. Cette assimilation lui sert à enrichir un jazz modal sur les morceaux coltraniens et un jazz tonal, chronologiquement plus classique, qu'on rencontre chez Dolphy, Mingus et consorts. D'où le rajazz. Tout ce travail est très réussi avec inspiration, cultures et intelligence artistique. Cet album est muni d' « objets » hétérogènes qui vivent en osmose et qui sont liés par des vertigineuses montées en tension qui ne connaissent ni essoufflement ni verbiage. Enfin, à part une, toutes les compositions sont écrites par le saxophoniste, ce qui confère à l'œuvre un côté authentique.
Le premier morceau « It's Just Me » est un rajazz très coltranien où Hermia nous démontre sa grande maitrise du soprano. « Internal Sigh » est toujours d'obédience coltranienne mais est plus personnel que le précédent. Curieusement « Rajazz #1 » a des sonorités hendersoniennes et se constitue de trois parties dont la première, plus libre que les deux autres, est véritablement un enchantement. Si « Contemplations » par McCoy Tyner est moins convaincant, « Awakening » et « Always Smiling » sont des réussites dans le travail d'Hermia dans un contexte hardbop. « Indian Suite », qui met clairement en exergue l'Inde et ses traditions musicales, et « Little Sonate for el Mundo » sont des pièces intérieures, graves et méditatives et rappellent Coltrane et Dolphy par l'utilisation de la flute. Ces deux pièces lyriques sont probablement les deux pièces les plus abouties de l'opus.
Une fois n'est pas coutume, nous émettons une opinion d'auditeur affable. De nouveau, nous avons à faire avec une musique dont John Coltrane est source d'inspirations. Ce type d'approche musicale est usuelle et ne surprend pas. On ne reproche pas à des musiciens d'honorer leurs inspirations et de leur rendre hommage. Non, il ne s'agit pas de cela. Ce qui est dommageable, pour la musique et pour certains musiciens eux-mêmes, est que beaucoup d'entre eux créent leur musique autour de leurs influences en tentant de reproduire ce qui est, toutefois aujourd'hui, du passé. Certes le résultat est le plus souvent de bon goût, quand les exécutants ont du talent, mais si peu novateur que l'œuvre en devient rapidement ennuyeuse. Il est courant que ces inspirations, nécessaires il faut le rappeler, étouffent la création de certains artistes et les empêchent de faire « leur » musique. Las d'entendre des beautés sans surprise, il serait temps que ces musiciens sachent, à l'instar d'Hermia, faire un travail d'assimilation puis d'intégration de leurs propres ressources afin qu'il serve leur musique.
Citons ces quelques mots de Jean Louis Chautemps dans le bel ouvrage de Franck Médioni («John Coltrane – 80 musiciens de jazz témoignent » chez Actes Sud): « ... il est on ne peut plus nécessaire et de toute urgence de sortir d'un tel coltranisme. L'avenir du jazz est à ce prix ».

©Jérôme Gransac

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FRED BOREY - Maria - 2007 - FRESH SOUND NEW TALENT

Fred Borey est un saxophoniste et compositeur Franc Comtois qui n'est connu ni d'Eve ni d'Adam aux dnjs. Pourtant, Fred Borey participe activement au développement du jazz dans sa région natale et a joué avec Charlier et Sourisse dans son propre trio. De plus, il est loué par ses pairs (Jérôme Sabbagh, Lionel Loueke) qui lui prédisent de beaux horizons artistiques et a signé chez Fresh Sound New Talent, le label de Jordi Pujol.
Fresh Sound est ce label qui finit par obtenir une image de débusqueurs de talents dans le milieu du jazz mainstream moderne bien propre sur lui. Tout d'abord représentatif de la mouvance new-yorkaise, son catalogue s'est enrichi de productions françaises, comme celle de David Prez et Romain Pilon. Et au final, derrière un packaging bien maitrisé et un courant musical peut être un peu formaté, Fresh Sound prend des couleurs reconnaissables de l'extérieur. Une esthétique comme celles qu'on peut rencontrer chez ECM ou Criss Cross. Au terme formatage, on pourra préférer celui de mode. Nous avons là  encore une collaboration sax/guitare plus une section rhytmique. Comme pour le cd de David Prez et Romain Pilon ou celui de Michael Felderbaum avec Pierre de Bethmann.
Pourtant on ne doute pas de l'authenticité de la musique proposée par Fred Borey. Celui-ci fait partie intégrante de ce mouvement mainstream moderne aux sonorités à a Rosenwinckel et aux développements mélodiques subtils, parfois abstraits et sous-jacents aux chorus. Et associé à Pierre Perchaud, la musique de Borey prend une dimension de sérénité et d'onctuosité.
Pierre Perchaud est un guitariste à découvrir car son talent n'est plus à démontrer, mais à soutenir et encourager. Les deux musiciens font respirer la musique encore et toujours; les notes défilent selon un canevas très structuré et se dégustent une à une sans étouffer le propos. Le saxophoniste et le guitariste se cherchent, se trouvent délicatement et soumettent posément chacun des idées expressives à exploiter, le tout forme un son! Tout en restant dans une esthètique veloutée et sans véritable escalade, le quartet de Borey crée une musique tendue mais souple où l'auditeur a le loisir d'apprécier le talent de musiciens qui prennent leur temps.

©Jérôme Gransac

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BRUNO THIEBLEMONT - Septième Couleur - 2007 - Aphrodite

Bruno Thieblemont, compositeur, arrangeur et vibraphoniste signe son premier opus chez Aphrodite. De formation classique, il a étudié dix ans le hautbois et les percussions classiques. On le retrouve dans l'orchestre philarmonique de Radio France. Pour autant, il est aussi musicien de jazz et s'impose sans ambigüité comme tel sur « Septième Couleur ». Et là encore, le jazz français crée!
Les mélodies, toutes du vibraphoniste, sont simples et variées. Les structures sont modernes et très efficaces tout en restant positionnés sur un jazz finalement mainstream plutôt grounded qu'abstrait. Les thèmes de Thieblemont, lorsqu'ils sont jouées au vibraphone, nous semblent naïfs, poétiques, enchanteurs même (« Septième Couleur »). Pourtant très touffus, l'oreille ingurgite les morceaux avec une facilité déconcertante sans qu'on perçoive quelconque sensation de succession de morceaux. Probablement que Thieblemont l'arrangeur a parlé et bien parlé. Surtout, on sent que le compositeur a le sens naturel de la nuance et de l'intégration transparente dans un contexte jazz d'un style musical dont on veut exploiter les atouts tout en échappant à ces stigmates. Sans s'en rendre compte, l'oreille est balladé du funky « Time For You »  à «  P'tit déjeuner » qui fait irrésistiblement pensé à un morceau d'Horace Silver bien trempé et de bonne cuvée. Remarquable de finesse.
Le jeu du vibraphoniste est duveteux, sans impétuosité et ces chorus respirent, particulièrrment quand ils sont associés à la section rythmique (Martin Guimbellot, Laurent Palangié) qui livre une bonne motricité générale pour le groupe.
Didier Forget et Baptiste Herbin forment une combinaison de vents aux saxophones très soudés et toujours en tension, même sur une ‘presque-ballade' qu'est « 16=12 » où le soprano bluesy de Didier Forget est en flux continu relayé par le vibraphone, bluesy aussi, de Thieblemont. Leur expression est douce et reposée sur l'étrange « 5 sur 5 ». La combinaison Saxes et vibraphone est particulièrement homogène, entre sons tranchés et ronds. A l'alto, Herbin étonne sur «  P'tit déjeuner ». Avec un imaginaire riche et une improvisation fluide et rugueuse, Herbin semble s'en donne à coeur joue dans un registre à la Kenny Garrett, avec les sonorités et les accents qu'il s'est appropriés.La sensation reste la même sur « Septième Couleur ».
Sous couvert d'un certain classissisme apparent, « Septième Couleur » s'avère plein de vigueur, d'originalité, de richesses insoupçonnées comme on dit à propos de la nature et de subtilité dans les compositions. Maintenant qu'on a la musique dans la tête, on n'a qu'une hâte: les concerts. Messieurs les programmateurs, si vous lisez les DNJs...

©Jérôme Gransac

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SOPHIE ALOUR - Uncaged - 2007 - Nocturne

Sophie Alour (ts) / Yoni Zelnik (cb) / Laurent Cpq(ts) / Michael Felberbaum (o) / Karl Jannuska (dms)
Pour apprécier l'album : vouloir se faire plaisir

Après « Insulaire », au jazz classique, Sophie Alour nous revient avec « Uncaged » et les mêmes musiciens qu'« Insulaire » pour un opus plutôt différent et certainement plus réussi. Deux particularités ressortent. Une sonorité qui surpend : saturée et lourde de saveur (« Uncaged »). Et surtout le côté musical, Alour s'écarte de la voie noble du jazz. Cet opus est à mi-chemin entre le rock et le jazz : certaines pièces sont purement rock avec, et c'est important, l'intensité et l'émotion du rock.
Sur la ballade délibérément rock et poignante « Haunted», Sophie Alour est hautement engagée dans son jeu qui révèle un son profond, qu'elle puise dans son for intérieur. Le son saturé de la guitare de Sébastien Martel et du Rhodes de Laurent Coq nous jette dans une atmosphère compressée sans évoquer de gravité pour autant. Mais on ressent comme une sensation d'urgence venant de la saxophoniste et des compositions. « 
Uncaged » est dense. le sax de Alour est rocailleux comme trafiqué, la batterie est sourde et lourde. Quel message, si message il y a, Sophie Alour a t elle essaye de nous transmettre? Fatiguée d'être considérée comme la « jeune et jolie » du jazz français non vocaliste?
C'est un peu le sentiment qu'on a de Sophie Alour qui apparaît à ce jour comme une artiste timide un peu en retrait sur scène cherchant à affirmer son jazz. Cette sensation de saturation est quasi omniprésente sur tout l'oeuvre et c'est aussi la première que l'on perçoit à l'écoute. Pourtant cet opus est peuplé de moments de douceurs, parfois écrites (« Sparkling water », « Goodbye »), mais toujours avec ce petit côté saturé ou étouffé. En tout cas « Sparkling water » est une très jolie compo de Laurent Coq, qui s'offre d'excellentes parties de piano comme sur « Addict ». « Snow in May » est une composition de Karl Jannuska qui part sur une lente montée colorée par la sonorité à la Ry Cooder de la guitare de Sébastien Martel.
t;Une fois encore Sophie Alour s'exprime dans un registre plus rock et sort du canevas strict de son premier opus « Insulaire ». Confirmé par « Nos cendres », qui finit sur un riff groovy, écrite par Sophie Alour. Comme sur « Insulaire », on retrouve le style hendersonien de Sophie Alour. Pourtant, lors de ses concerts parisiens, on la croyait s'envoler vers des contrees shorteriennes? Mais finalement on s'en moque. L'esentielle est que sa musique existe, évoque et fasse naître quelques états d'âme. Si ce cd s'écoute facilement et avec plaisir, les compositions sont de bonne facture le quartet est soudé, en particulièr Laurent Coq, et l'engagement sincère et intense.

©Jérôme Gransac

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PIERRE DE BETHMANN - Oui - 2007 - Nocturne

Jeanne Added (voc) / Stéphane Guillaume (as) / David El Malek (ts) / Michael Felberbaum (g) / Vincent Artaud (b) / Franck Agulhon (dms) / Pierre de Bethmann (rhodes)
Pour apprécier l'album : Plusieurs écoutes son nécessaires.

Pierre de Bethmann nous propose un opus à la structure d'interprétation intéressante, complexe voire intellectuelle. En fait, ce n'est pas si surprenant que cela quand on connait l'art du musicien.
Cet opus est consacré à un septet homogène et très cohésif qui joue des compositions elles-aussi très homogènes. A l'instar du saxophoniste Donny McCaslin avec son très bel album « Soar » (SunnySide Records 2006) avec la chanteuse Luciana Souza, Pierre de Bethmann utilise la voix de Jeanne Added comme instrument à part entière. Selon un système de superpositions de couches instrumentales et sonores d'expressions différentes, mécanisme que l'on rencontre aussi chez McCaslin, Pierre de Bethmann construit son mille-feuille en y intégrant abondance de notes, goût du risque, diversités harmonique et rythmique aux métriques les plus équilibristes.
Peut-on parler d'album concept ?
C'est possible. En tout cas, De Bethmann, très à l'aise dans cet/son univers, est la plaque tournante du groupe : il lance des assauts sonores de son fender qui prennent la forme d'atmosphères chargées de discours et de nappes montantes et descendantes qui sont attribués par musicien ou par petit groupe de musiciens.
Pour continuer à décrire ce groupe à la structure mouvante, on peut dire que le rôle de chacun évolue au fur et à mesure des pièces. Comme dans un réseau de Petri, De Bethmann passe un jeton que l'on se distribue ou que l'on partage par jeu d'associations pour créer des alliances déroutantes et orgasmiques au niveau technique mais plus rarement musicalement.
Les vocalises de Jeanne Added, au timbre de voix carillonnant, soulignent les thèmes à teinte dissonante et surplombent l'ensemble très cohésif Stéphane Guillaume (as) / David El Malek (ts) / Michael Felberbaum (g) de sa voix juste à la texture claire et voilée à la fois.
Cette cohésion se dissout quand les saxophonistes se détachent de la guitare de Felderbaum si invraisemblablement inspiré (« Singulier ») pour s'associer à Jeanne Added et marquer ainsi le trait de la mélodie, parfois de manière excessive, ou dépeindre un thème à contre-courant.
A son tour, De Bethmann seconde la vocaliste (« Air courbe »), s'associe au guitariste pour nous sortir des sonorités jouissives et variées ou compose avec une rythmique (Vincent Artaud ,Franck Agulhon) que l'on aurait tort de ne pas écouter tant son apport (« Effet tatillon ») favorise les positions à risque du quintet. Aussi, il arrive que la rythmique se dissocie : la contrebasse ou la batterie crée une association éphémère avec un autre instrument pour soutenir son propos. >
Entre ballades (« Air courbe », « Silnes »), compositions pêchues (« Schéma »), riffs funky et joyeux (« Oui ») et de très nombreuses montées en puissance des instruments, voix comprise, De Bethmann nous a concocté une musique riche en surprises et en abondances, en sonorités et en formes combinées qui rassasient notre goût de la musique d'aventures.

©Jérôme Gransac

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BOB REYNOLDS - Can' Wait For Perfect - 2006 - Fresh Sound New Talent
Agé de 28 ans et sorti de la prestigieuse Berklee College of Music, plébiscité par feu Michael Brecker et Joshua Redman pour ce deuxième opus, sideman du chanteur pop John Mayor en tournée en ce début d'année aux Usa …
Qui est Bob Reynolds ?
Inconnu en Europe en tout cas. On doit s'y intéresser quand on sait que son label, Fresh Sound New Talent, a révélé des gens comme Brad Mehldau, Kurt Rosenwinkel ou Chris Cheek. Bob Reynolds fait partie de ces saxophonistes ténor (Chris Potter, David Binney, Donny McCaslin, Ken Vandermark) à la fois respectueux et décomplexés de la tradition saxophonistique du jazz.
Après une première production Live («Live at the Jazz Corner »), Bob Reynolds poursuit par cet enregistrement studio. Non sans ironie, Reynolds annonce par son titre que cet opus n'est qu'un début (idée renforcée par le titre de la composition, lui aussi éloquent, « First Step »). A une autre époque, d'aucun aurait intitulé leur opus « Giant Steps » ; chacun sa manière d'annoncer sa couleur.
Sans virtuosité démonstrative, Reynolds s'exprime par un jeu limpide voire évident : straight, sans fioritures et mélodieux. Reynolds nous contente sur deux points. Il a fait naitre une telle respiration dans ce groupe que cet album s'écoute comme du petit lait. De plus, le saxophoniste a un talent prononcé pour faire monter la sauce proprement, à nous proposer des chorus denses et déposer des petits mots doux dans nos oreilles.

Son mainstream moderne new-yorkais a parfaitement assimilé les inspirations groove et soul de la musique américaine et les rythmiques funky et jungle. Comme un reflet de tous les stigmates de la vie bruyante et allumée d'une grande ville.
Si les compositions sont simples et imagées, voire naïves, elles sont terriblement bien jouées ; en témoignent leur motricité et la cohésion remarquable des membres de la section rythmique piano inclus.
L'accompagnement modal est efficace et épuré. On pense à Aaron Goldberg très inspiré, en particulier, dont le jeu efficace et essentiel ne manque pas de mettre en valeur les compositions et le leader. On peut être gêné par le jeu du batteur Eric Harland, dont les sonorités sèches et le jeu nerveux surprennent dans cette atmosphère feutrée.
Ce premier opus ne défraye en rien la chronique, mais le résultat est probant. Avec ses qualités et ses défauts.
On trouvera « Intro » ennuyeux voire trop mélo, « Common ground » et « Belief » un peu trop douceâtres dans les atmosphères. En revanche, on craquera complètement pour le côté engagé et groovy de « Last minute » et on se passera en boucle l'envoutant « Can't Wait For Perfect », garanti pur frisson. Enfin, on terminera par « The Escape », au début un peu emphatique, qui clôt parfaitement cet opus de très bonne facture en se révélant être une échappatoire apaisante et profonde.

Pourtant on trouve cette production un peu trop formatée, ce qui pousse le groupe à tomber dans certains clichés. La musique de Reynolds est, pour épiloguer le titre du CD, peut être un beau fruit encore un tout petit peu vert.

©Jérôme Gransac

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  WORLD SAXOPHONE QUARTET- Political Blues - Justin'Time records 2006 - Harmonia Mundi
A l'instar de leur dernier opus « Experience » en hommage à Jimi Hendrix, les trois anciens du World Saxophone quartet ont complété leur trio avec deux jeunes saxophonistes ( Bruce Williams, Jaleel Shaw) et se sont adjoints une rythmique pour la moins efficace (Jamaaladeen Tacuma, Lee Pearson). Ce ne sont pas les seules expériences du WSQ que de s'accompagner d'une section rythmique : on se souvient de « Metamorphosis » en 1990 avec tambours et tam-tams africains plutôt démoniaques.
Comme si cela ne suffisait pas, le quartet a, entre autres, fait appel au sublime tromboniste et joueur de didjeridoo Craig Harris, au talentueux trompettiste new-yorkais Jeremy Pelt, James « Blood » Ulmer et Hervé Samb aux guitares. Pour rappel, quand même, les trois saxophonistes historiques du WSQ sont (Hamiet) Bluiett au sax baryton, Oliver Lake à l'alto et au ténor David Murray, grand leader du groupe et que l'on entend beaucoup sur les cds du WSQ.
Bref pas de manchot !

En plus de 30 ans, David Murray aura rendu hommage aux jazz(s) (ragtime, bebop, spiritual…), puis aux origines lointaines du jazz avec de nombreux projets autour des musiques noires africaines (en témoignent ses Gwo Ka projets). Le WSQ, seul aux saxophones, avant ce tribute très réussi et inventif à Jimi Hendrix, avait déjà évoqué la Great Black Music avec l'album « Rhythm and Blues ».
Et voilà ce nouveau projet « Political Blues » dont le titre évocateur nous fait miroiter groove transpirant et jazz investi de « protest music » noire américaine.
Ce « Political Blues » est une critique du contexte politique américain actuel (« Spy on Me Blues ») et de la situation difficile des noirs des Etats-Unis (« Harlem »), qui réclament de l'aide, leurs désillusions avec le satirique « Amazin' Disgrace » de Bluiett , face au gouvernement Bush.
La belle suite « Bluocracy » de Craig Harris s'interroge sur ce que sont devenues les traditions noires américaines, ce que sont devenus les noirs américains des années 60 et qui sont ils aujourd'hui. Il s'agit aussi d'une remise en question.
Ce n'est pas une nouveauté chez le WSQ, mais une fois encore les arrangements sont osés surtout lorsqu'ils sont destinés à une anthologie comme « Mannish boy » que l'on redécouvre ici.
Pour autant, on ne retrouve pas le côté avant-gardiste radical du WSQ d'antan : certes les envolées saxophonistiques existent toujours mais sont tempérées par une musique chaude, positive, sceptique mais courageuse.
Ces musiciens ont parfaitement réussie à transmettre leur message avec sobriété et efficacité et surtout dignité pour une musique belle et dansante.

Certainement l'un des meilleurs albums du WSQ.

Track listing: Political Blues; Hal's Blues; Mannish Boy; Let's Have Some Fun; Amazin' Disgrace; Bluocracy Pt. I; Bluocracy Pt. II; Bluocracy Pt. III; Blue Diamond; Harlem; Spy On Me Blues.

©Jérôme Gransac

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  KENNY GARRETT - Beyond The Wall - Nonesuch - 2006

A la première écoute de « Beyond the Wall », on reste coi.
On reste coi car, en première réaction, cet opus suscite quelques interrogations: Kenny Garrett en quête de vénérabilité ? Kenny Garrett mystique? C'est quoi cette mièvrerie dégoulinante ? Pourquoi faire appel à Pharoah Sanders autrement que pour trouver une quelconque légitimité dans la démarche?
On sait l'homme très intéressé par l'Asie, il parle même japonais.
On connaît l'artiste très influencé par John Coltrane, il avait d'ailleurs consacré un album magnifique (« Pursuance ») à sa musique.
Pour certains : quoi de plus normal que d'emprunter les mêmes chemins de son maître ?
Pour d'autres, la question serait plus : quel tropisme a piqué Garrett à faire dans le mystique bouddhisant après un voyage en Chine ?
A l'origine, cette œuvre était dédiée à Mc Coy Tyner, qui devait jouer sur cet album.
Mais c'est Mulgrew Miller qui pose ses mains sur les touches d'un piano inspiré.
En fait, il ne faut pas seulement considérer cette œuvre comme un disque de jazz. Il faut aussi se rappeler des deniers galas de Garrett en festivals et de la musique qu'il y présente.
"Beyond the Wall » est un amalgame de passion pour l'Asie, de sujets à la mode, de tonalités et figures tirées de la World Music, de tournerie jazz féroce et d'un peu de mauvais goût.
Grosso modo, l'ensemble est inégal.

On peut distinguer quatre pièces qui dérangent.
« Tsunami Song » (ne serait ce que le titre…) est une chinoiserie ennuyeuse, jouée sur un erhu, qui mêle mauvais goût et faux-semblant.
« Realization » parait sans intérêt et superficiel : il s'agit de mantras tibétains répétés à l'infini et chantés en studio par un chœur !
« Qing Wen »  et « Kiss the skies »: si on s'arrête aux chœurs « world », ces deux pièces font penser à de la mauvaise musique d'ascenseur…
Voilà ! Vous vous dites  que vous avez une idée, même superficielle, de la chose et que cela vous suffit.

Permettez-moi de vous contredire …

L'ensemble n'est finalement pas si mal ficelé, malgré ce qu'on vient de vous en dire. Il apporte des plaisirs simples comme celui de respirer l'herbe fraichement coupée : odeur ultra connue mais toujours agréable quand elle arrive a nos naseaux.
Il faut dire qu'avec un tel line-up, le groupe joue terrible !
On ne peut pas reprocher grand-chose à l'interprétation.
Bobby Hutcherson est particulièrement surprenant d'imagination et la combinaison Garrett / Sanders est inspirée et nous délivre de précieux et intenses moments.
Sans compter la section rythmique percutante avec Brian Blade et les interventions habitées de Mulgrew Miller sur la belle et puissante composition « Beyond the Wall », dont on siffle immédiatement le thème, par exemple.
Après quelques écoutes, on découvre d'autres délices comme « Now » qui est une pièce de jazz modal tout ce qui a de plus somptueuse, ou même « Gwo Ka », malgré les chœurs « houhouuuuu », ou la ballade « May Peace Be Upon Them » avec une mention spéciale à … tout le monde, car vraiment personne n'est en reste.
L'atmosphère de l'album est très coltranienne, parfois même très solennel et emphatique comme sur « Calling ».
Le pire dans tout ça, c'est qu'on y prend goût, une fois l'effet de surprise évoquée au début de cette chronique.
Justement, c'est un coup de cœur, un flash : on l'écoute en boucle…
Mais, dans notre cdthèque, quel place aura ce cd dans six mois ?
En tout cas, pas sûr qu'il reste graver dans nos mémoires ad vitam aeternam.

©Jérôme Gransac

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  THUNDERBIRD SERVICE - « Soul Unity » - Discograph - 2006

Voici un groupe, Thunderbird Service, bien inhabituel. En effet, à l'écoute de leur Opus "Soul Unity", on lui trouve un air fortement anachronique.
Antoine Rajon, producteur de ce cd, avait pour projet de réunir des musiciens de jazz et réaliser une folle aventure: "faire un voyage spirituel à travers l'histoire du jazz".
Le saxophoniste et flûtiste Byard Lancaster et ses acolytes, accompagné du vibraphoniste avant-garde Khan Jamal et du quartette d'harmonie vocale Men on a Mission, nous propose un cd bien surprenant.
On navigue sur plusieurs vagues du jazz avec deux fils conducteurs que sont une instrumentation percussive africaine et la volonté de rendre hommage à une tradition respectée du jazz noir américain.
Ainsi, on passe aisément de chants gospel célèbres a capella (« Swing Low Swing Charriot », «  Marry Don't You Weep », «It's Gonna Rain ») à des morceaux mystiques presque free, tel « The Creator has a Master Plan » de Pharoah Sanders, une incantation à Sun Ra (« Sweet Evil ») en passant par « Dahomey Dance » de John Coltrane et quelques introductions ragtime dispensées par le pianiste Alfie Pollit .
Les musiciens jouent avec dévouement et respect dans la plus grande sincérité et la volonté évidente d'honorer l'héritage du jazz en allant puiser dans toutes ses sources, même africaines.
Pour autant, il ne s'agit pas d'un regard lamentatif sur le passé. Plutôt le bonheur de communiquer une certaine mythologie du jazz avec une certaine naïveté.
Malgré tout cela, cette œuvre ne convainc pas : les chansons religieuses sont agréables ni plus ni moins, les morceaux avant-gardistes et méditatifs ne font pas vraiment voyager et n'atteignent pas la transe mystique auxquels ils font référence car l'intensité se fait lointaine.

©Jérôme Gransac

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  Sébastien JARROUSSE et Olivier ROBIN Quintet – « Tribulation » – Aphrodite records - 2006

Titre éponyme, la première plage donne le ton. Dès la première note, le quintet de Jarrousse et Robin nous jette dans un hard bop fiévreux et tumultueux guidé par un climat énergique.
Les tribulations musicales de Jarrousse et Robin traduisent une détermination esthétique précise quand aux chemins choisis pour cet opus.
En effet, les influences se font immédiatement sentir : on entend des phrasés propres à Kenny Garrett chez l'altiste Olivier Boge et une atmosphère coltranienne dans le sax ténor de Jarrousse. Sur « Au bout du rouleau », le style posé de Jarrousse rappelle cette particularité chez Steve Grossman.
Disons le sans ambages, les premières choses qui frappent à l'écoute du cd sont une très sérieuse envie de jouer de la part des musiciens et une jouerie à l'américaine terriblement efficace qui assène un swing tranchant.
L'homogénéité et la constance esthétique et artistique de l'œuvre et la sincérité de la musique sont telles que l'on croit que les pièces sont toutes des premières prises enregistrées « straight ».
Sans excès, et peut être légèrement sur la réserve pour Jean Daniel Botta à la contrebasse plus musical que ses comparses, la section rythmique piano/contrebasse/batterie est très cohésive et responsable de cette jouerie qui tourne comme une horloge suisse, en particulier sur les morceaux enlevés. On retient en particulier le drive sür et swinguant de Robin.
Soutenus par la rythmique, les saxophonistes ne sont pas en reste. La masse sonore qu'ils dégagent et les arrangements de Jarrousse rendent leur jeu incisif et éclatant à tel point qu'ils sont les deux locomotives de ce train à grande vitesse.
Si la rythmique s'emploie à ne jamais relâcher la tension, Emil Spanyi retient toute notre attention.
Son accompagnement est très riche et novateur en particulier par ses accents sur les temps forts qui terminent les phrasés du batteur et l'engagent sur de nouvelles idées.
Sur à peu près tous les morceaux à tempi up, la complicité entre Spanyi et les deux saxophonistes est palpable tellement le jeu d'accompagnement du pianiste est peuplé de répons et d'à propos tout en conservant une densité de jeu à la Mc Coy Tyner.
Pour ses chorus, Spanyi s'appuie beaucoup sur la force rythmique du batteur. Il dispose ainsi de tous les repères nécessaires pour libérer une énergie lumineuse et épanouie et un discours qu'on déguste la bouche ouverte.
Toutes les compositions et arrangements sont de Jarrousse. On devine une ferme maîtrise du métier de la composition chez le saxophoniste qui parvient à combiner habilement mélodies et fulgurance.
Dans un style qui date mais avec une modernité surprenante, ce quintet peut le crier haut et fort : le bop est en pleine forme !

©Jérôme Gransac

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  ALAIN BRUNET DIDGERIDOO PROJECT - « I remember Miles » - Cristal Records 2006

A notre époque de métissage culturel, Brunet nous propose une œuvre de jazz ethnic autour d'un instrument qu'est le didgeridoo sur des compositions et standards jazz.
Brunet fait partie de la génération curieuse de toutes les musiques et qui tire de ses découvertes de nouvelles inspirations.
Pour poursuivre l'expérience de son Didgeridoo Orchestra, Brunet nous propose un cd live au festival sur Limon en 2003 avec le joueur de didgeridoo Jowandi, australien d'influences multi-culturelles.
Avec une sonorité quasi mono-corde et n'offrant pas à l'instrumentiste les mêmes possibilités d'expression musicale que les autres instruments, le didgeridoo n'est pas un instrument facile à intégrer dans une formation de jazz en général.
Brunet utilise cet instrument de deux manières finalement classiques. La première consiste à placer le didgeridoo comme instrument rythmique posant à la fois un décor aux couleurs « cosmiques », profondes voire de transes et qui accompagne le groupe par des ostinatos rythmiques. La deuxième est de « faire de la place » au sein des instrumentistes pour que Jowandi s'exprime : les autres instruments nous apparaissent comme des petits sujets de la nature observant l'élément ancestral qu'est le feu, la terre, l'eau ou le vent.
Ils accompagnent cet instrument ancestral et peut être le plus ancien qu'est le didgeridoo comme des participants à la mise en scène de son décor.
Jowandi alimente cette ornementation instrumentale grâce à un jeu de réponses entre les sifflets ou la trompette de Brunet, le saxophone et la clarinette basse de Jean Jacques Taib ou encore avec les samples électro de Jean Louis Dô.
L'ambiance est reposante, rassurante et peut prendre l'auditeur dans son jeu.
Pour lui donner un côté planant, Brunet a électrifié son instrument et complète l'atmosphère du didgeridoo par un contrepoint électro nuancé et d'à propos.
Néanmoins, peut être pour réussir cette ambiance musicale ou laisser un espace d'expression au didgeridoo, on remarque que les compositions sont interprétés de manière simple et répétitive.
A contrario, on déguste les très beaux chorus de Jean Jacques Taib, bien inspiré et ceux de Alain Brunet plus prévisibles. Manhu Roche a un rôle prépondérant dans cette œuvre, comme un lien cohésif entre les instruments.
Dans le livret, Laurent Cugny écrit que Brunet a imaginé le projet en pensant fusion des genres, des sonorités et des cultures et que « le pari est nettement gagné ». Néanmoins, ce pari, certainement parce qu'il est difficile surtout dans le contexte d'un concert sur cd, n'est pas vraiment gagné. Cette musique ne transporte pas toujours et contient quelques longueurs en particulier lors des moments planants et introspectifs de la musique. On se demande alors où l'on veut nous emmener.

©Jérôme Gransac

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  GEOFF GASCOYNE - « Keep it to yourself » - Candid 2005

Pour le situer dans le cosmos jazz, cet anglais joue de la basse acoustique et est le bassiste de Jamie Cullum.
Pour son premier opus, on peut dire que Geoff Gascoyne a vu les choses en grand.
Entouré d'un quartet jazz et d'un quartet à cordes qu'il utilise ensemble ou séparément, il a adjoint les voix de trois chanteurs dont Jamie Cullum. De plus pour ce cd, il a sélectionné 15 pièces plutôt hétérogènes ; près de la moitié sortent complètement du contexte be-bop propre et carré de l'album.
On retrouve d'ailleurs cette tendance ou marque de fabrique chez beaucoup d'autres jeunes musiciens en devenir : ils proposent des morceaux de styles musicaux divers, pas forcément commerciaux, qu'ils aménagent à leur sauce. Ainsi, ces pièces sont exécutées comme ils l'entendent en les faisant tendre vers l'humeur recherchée. Le plus souvent, ce procédé ne découle pas d'un manque d'inspiration mais plutôt du désir de partager et d'exposer des goûts et influences profondes.
On retrouve ici des pièces bebop courtes (« Raggedy Ann » de Lee Morgan), des ballades instrumentales (« Lament ») ou chantées (« God Only Knows » avec Jamie Cullum), des pièces interprétées par le quartet à cordes qui accompagne un chanteur ou le bassiste et un peu de blues pour finir.
Cette hétérogénéité ne doit pas effrayer car curieusement l'ensemble de l'album sonne avec une teinte musicale globale. En effet, tout au long de l'œuvre, on perçoit une certaine mélancolie romantique marquée par le quartet à cordes et les ballades, ponctuées par des fantaisies joyeuses et agréables.
De plus, ce cd fait penser aux productions Criss Cross actuelles sur certains morceaux instrumentaux et Blue Note sur d'autres principalement chantés. La plus grande partie de l'œuvre peut être qualifié de bon Smooth Jazz sans compter des pièces bebop de bonne facture (« Raggedy Ann », « E Flat Triangle » de Gascoyne) voire de très bonne facture (« Shapeshifter » de Gascoygne).
Vous l'aurez compris ce n'est pas un album de performances. Hormis le saxophoniste Steve Kadelstad qui nous offre de jolis chorus carrés mais sans prétention, aucun autre musicien ne se fait remarquer. Néanmoins, l'ensemble est solide.
Une idée pour nos soirées d'hiver : ce cd est idéal pour l'écouter au coin du feu après une bonne ballade dans le froid ambiant. Alors pour les courageux marcheurs du dimanche et amateurs de jazz doux, dépêchez vous de l'acheter, l'hiver prend fin… ;--)

©Jérôme Gransac

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  RAUL DE SOUZA & CLAIRE MICHAEL GROUP - « Elixir » - Nocturne 2005

Raul de Souza, tromboniste brésilien depuis un demi-siècle s'associe à Claire Michael, saxophoniste révélée par Didier Lockwood, pour ce projet jazz électro qu'est "Elixir". Cet opus se caractérise par une musique écrite, travaillée et très arrangée sur de jolies compositions collectives, un peu inégales, sur des rythmes aussi bien brésiliens que jazz ou plus funky. Une autre caractéristique réside dans l'utilisation habile de technologies numériques actuelles sur des ostinatos rythmiques, connus, mêlés aux jeux du tromboniste et de la saxophoniste. Les samples utilisés sont loin d'évoquer une quelconque abstraction artistique. Ils collent à la musique avec nuances: à tel point qu'on peut avoir l'impression qu'ils structurent les morceaux et leur développement ("Raison", "Blue Touch"). Ces programmations sont l'œuvre du pianiste Jean Michel Vallet qui enrichit musicalement l'atmosphère électro avec ses claviers dont les chorus rappellent sans peine les sonorités jazz fusion américain. Claire Michael se caractérise par un style "shorterien"/coltranien avec un jeu serein aux atmosphères doucement aériennes et délétères. Son style s'accorde parfaitement bien avec celui de Raul de Souza, dont le jeu est souvent éclatant de douceur et de joie: les deux soufflants nous offrent un son sensuel et velouté. Comme pour offrir un contrepoint, la rythmique est particulièrement dynamique et colle souvent aux plages électro. Thierry Le Gall, qui joue une batterie dynamique et nerveuse voire sèche, nous dévoile, sur "Terra", tout son talent de batteur moderne pour un duo envolé et soutenu avec Raul de Souza. Au fur et à mesure de l'écoute, on mesure toute la dimension artistique et technique du batteur dans l'œuvre. Misho M'Ba nous offre un jeu de basse qui sied parfaitement à celui de la batterie en étant souple et délicat. Il offre ainsi une nécessaire asymétrie à la batterie ainsi que des accompagnements inspirés ("Feel") avec un son qui occupe parfaitement l'espace sonore. Cette œuvre amène à une réflexion. En effet, dans le cadre d'un jazz plus acoustique, l'émulation de groupe transcende les musiciens qui peuvent nous offrir alors des performances personnelles de qualité. Dans le cas présent, l'émulation de groupe est diluée par la structure électro en général et la musique prend un goût un peu aseptisé. Les solistes sont alors contraints d'exécuter des chorus de qualité dans le timing imparti, ce qui peut laisser les amateurs d'un jazz plus "classique" un peu sur leur faim. Les amateurs d'électro, quant à eux, se régaleront... Néanmoins, face à des musiciens d'un tel niveau, on ne peut qu'être impatient d'écouter leurs concerts futurs où l'on pourra à coup sûr se délecter d'une musique Live plus "wild".

©Jérôme Gransac

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